Dans cet article
Personne n'appelle la police parce qu'une petite cuillère a disparu. C'est précisément pour cela que la démarque est le seul poste de coût de votre restaurant qui ne porte jamais de nom — aucun fournisseur ne vous en envoie la facture, aucune caméra ne la surprend, et pourtant elle disparaît chaque semaine de vos tiroirs et de vos placards.
Vous connaissez la casse. Un serveur laisse tomber un plateau, un client renverse un verre de la table, et vous savez exactement ce que cela coûte — c'est littéralement inscrit sur votre relevé d'inventaire comme un coût attendu. La démarque, c'est l'autre face du même tiroir : des objets qui ne se cassent pas, ils ne sont simplement plus là la prochaine fois que vous comptez. Pas d'éclat, pas de bruit, pas de moment où quelqu'un l'a vu se produire.
Dans le commerce de détail, ce phénomène a depuis des décennies un nom bien à lui — la démarque inconnue — et sa propre ligne comptable. Dans un restaurant, il n'obtient tout au plus qu'un soupir en comptant les couverts pour un grand groupe, quand on s'aperçoit qu'il manque encore trois cuillères. Personne ne le suit à part, donc personne ne voit à quel point cela s'additionne.
Cet article aligne sept chiffres — du nombre de couverts qu'un restaurant moyen perd chaque semaine à ce qu'a fait un bar à cocktails londonien quand ses clients continuaient d'emporter sa carte — et se termine par un outil de calcul qui transforme vos propres chiffres en montant annuel. Pas pour soupçonner les clients ou le personnel, mais pour rendre visible un coût qui, aujourd'hui, ne figure sur aucune ligne de votre comptabilité.
Une précision avant de commencer : les montants précis de cet article sont illustratifs, construits à partir de chiffres issus d'études sur la restauration et le commerce de détail, citées tout au long du texte. Là où une source elle-même reste prudente sur sa propre précision, nous le signalons. Le sujet n'est pas le chiffre exact — c'est qu'un chiffre existe là où vous n'en avez aujourd'hui aucun.
Pourquoi la démarque ne ressemble jamais à un coût
La casse a un instant précis. Quelque chose tombe, cela fait du bruit, quelqu'un balaie les débris — vous vous en souvenez, donc vous le budgétez aussi. La démarque n'a pas d'instant. La cuillère est là le lundi, et le vendredi vous en comptez trois de moins, sans que personne ne puisse dire quand, comment ni par qui.
C'est pourquoi chaque pièce, prise isolément, ne semble jamais assez coûteuse pour qu'on s'en plaigne. Une cuillère coûte quelques euros. Douze cuillères par semaine ressemblent à « il faudrait qu'on rachète des couverts » — une liste de courses, pas un poste de coût. Ce n'est qu'à l'échelle annuelle que l'addition devient visible, et presque personne ne compte à l'échelle annuelle.
Et c'est exactement pour cela que les sept chiffres ci-dessous comptent : ils font passer la démarque de « quelque chose qui arrive de temps en temps » à « un montant que l'on peut calculer » — la première chose que possède déjà chaque autre poste de coût de votre restaurant.
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Chaque chiffre ci-dessous provient d'études sur la restauration ou le commerce de détail, avec la mention qui s'impose lorsqu'une source reste elle-même prudente sur sa propre précision. Ensemble, ils construisent l'outil de calcul à la fin.
1. Une douzaine de chaque pièce, par semaine
Une enquête menée en 2026 auprès du personnel de restauration par le média culinaire américain Food Republic a fait ressortir le même schéma à chaque fois : un restaurant de taille moyenne perd environ une douzaine de pièces de chaque type de couvert par semaine — en partie volées, en partie jetées par accident avec les restes de nourriture, sans que personne ne le suive à part.
Douze cuillères par semaine, c'est plus de six cents cuillères cinquante semaines plus tard. À un prix de remplacement moyen de quelques euros la pièce, c'est déjà, pour les cuillères seules, un montant pour lequel la plupart des établissements n'ont aucune ligne dédiée.
Un classement relatif basé sur des enquêtes menées auprès du personnel de restauration sur ce que les clients et le personnel emportent le plus souvent — pas de pourcentages exacts, mais un schéma clair.
Source : enquêtes auprès du personnel de restauration (Food Republic, The Takeout, Tasting Table, Daily Meal, 2026). L'ordre résume plusieurs enquêtes indépendantes, pas une mesure unique.
2. 2 % budgétés, 3 à 4 % dans la réalité
Les cabinets de conseil spécialisés en gestion de bars travaillent généralement avec une perte budgétée d'environ 2 % sur la verrerie et le petit matériel — la marge que l'on prévoit pour l'usure normale et la casse occasionnelle. Dans la pratique, le résultat réel se situe plus souvent entre 3 et 4 %, et ce, avant même d'y ajouter la moindre démarque délibérée.
Cet écart d'un à deux points de pourcentage est donc déjà une perte mal budgétée — avant même de compter une seule pièce qui n'a pas cassé, qui a simplement disparu. C'est le premier endroit où la plupart des établissements se trompent déjà sur leur propre budget.
3. Moitié moins — une question de choix de verrerie
Les mêmes sources qui chiffrent l'écart budgétaire ci-dessus pointent aussi un levier concret : un bar qui utilise une verrerie lourde et robuste casse ou perd environ deux fois moins qu'un bar qui utilise des coupes à cocktail à paroi fine. Pas parce que le personnel est plus prudent — le verre lui-même survit tout simplement mieux.
C'est le seul chiffre de cet article que vous pouvez traiter sans une seule conversation avec votre équipe : la prochaine commande de verrerie est un choix, pas un changement de comportement.
4. 20 à 25 % du stock, chaque année
Pour les bars en particulier — où l'alcool et la verrerie sont suivis ensemble — les sources spécialisées en prévention des pertes du secteur des bars citent une démarque annuelle de 20 à 25 % du stock, pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros par mois pour un établissement de taille moyenne. Ce chiffre mesure l'alcool et le verre ensemble, pas la verrerie seule — cité ici comme ordre de grandeur, pas comme un pourcentage exact de perte de verrerie.
C'est le chiffre le plus important de cet article, et le moins visible : personne ne reçoit en fin de mois une facture intitulée « démarque ». Le montant se cache simultanément dans chaque autre poste de coût.
Le sommet représente ce que la plupart des établissements comptabilisent déjà comme usure normale. La masse en dessous représente ce qui disparaît réellement sur un an, au rythme d'exemple de cet article.
Illustratif, construit sur les chiffres ci-dessus : 2 % de perte budgétée face à un montant annuel à douze pièces par semaine. Votre propre établissement peut se situer plus haut ou plus bas — renseignez l'outil de calcul ci-dessous pour votre propre chiffre.
5. 18 000 à 27 000 euros — le budget dans lequel la démarque se cache
Les sources américaines de conseil en restauration citent généralement une première année d'environ 20 000 dollars pour le petit matériel — couverts, verrerie, vaisselle — puis 30 000 dollars ou plus par an ensuite, comme budget de référence pour le remplacement continu dans un établissement de taille moyenne. Converti, cela représente entre 18 000 et 27 000 euros, comme ordre de grandeur.
Ce budget couvre tout : usure normale, casse et démarque, tout regroupé sur une seule ligne. Personne ne le décompose, donc personne ne sait quelle part n'est en réalité jamais revenue. L'outil de calcul ci-dessous fait précisément cette distinction pour votre propre établissement.
6. Depuis 2010, un nouveau jeu de cartes chaque année
Le bar à cocktails londonien Nightjar imprime sa carte des boissons sous forme de jeu de cartes depuis 2010, et en publie une nouvelle édition chaque année. La raison est étonnamment honnête : les clients emportaient déjà les cartes comme souvenirs, alors l'établissement en a fait une habitude plutôt qu'une perte.
C'est le seul endroit de cet article où la démarque n'est pas combattue, mais retournée. Parmi tout ce qui disparaît, la carte du menu est le « souvenir » le plus cité dans les enquêtes menées auprès du personnel de restauration — ce qui explique justement pourquoi elle est aussi la plus facile à transformer d'un coût en une raison de revenir.
7. Votre propre chiffre
À douze pièces par semaine, un prix de remplacement moyen de quelques euros la pièce et cinquante semaines d'ouverture, l'outil de calcul ci-dessous arrive à environ 182 € par mois et 2 100 € par an — illustratif, construit exactement sur les hypothèses des chiffres précédents.
Ce montant annuel représente environ 8 % de ce que les sources du secteur recommandent de budgéter pour le remplacement annuel des couverts et de la verrerie. Renseignez vos propres chiffres ci-dessous pour voir où se situe votre établissement.
L'outil de calcul : ce qu'additionne votre démarque
Trois chiffres sur votre propre établissement — combien de pièces vous perdez en moyenne par semaine, ce que coûte le remplacement, et combien de semaines vous êtes ouvert — deviennent ci-dessous un montant annuel.
Indiquez votre propre estimation, ou laissez les chiffres d'exemple de cet article pour voir ce qu'un restaurant moyen, selon les sources ci-dessus, perd chaque année.
L'outil de calcul : ce qu'additionne votre démarque
Trois chiffres sur votre propre établissement deviennent ci-dessous un montant annuel — et une part du budget que les sources du secteur recommandent pour le remplacement annuel.
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Illustratif, construit à partir de vos propres données. La comparaison avec un budget de remplacement annuel s'appuie sur des chiffres américains largement cités du secteur de la restauration (voir les chiffres ci-dessus) ; les prix de vos propres fournisseurs peuvent différer.
Découvrir l'outil gratuit de gestion des stocksCe montant ne remplace pas un inventaire — il rend visible s'il vaut la peine d'en faire un. À quelques centaines d'euros par an, un inventaire annuel peut suffire. À quelques milliers d'euros, un rythme de comptage régulier fait la différence entre un coût que vous connaissez et un coût que vous ne faites que ressentir.
L'outil gratuit de gestion des stocks de HappyChef propose justement une fiche de comptage vierge pour cela — sans abonnement, sans compte, juste une liste à cocher. Découvrir l'outil gratuit de gestion des stocks.
Ce que vous en faites, cette semaine et ensuite
Vous n'avez pas besoin de lancer un audit coûteux pour commencer. Vous avez en revanche besoin d'un premier comptage avant de pouvoir voir si les choses s'améliorent ou empirent.
Cette semaine
- Comptez ce que vous avez actuellement en couverts, verres et cartes de menu — pas parfaitement, juste un point de départ honnête pour comparer au prochain comptage.
- Notez ce nombre quelque part qui subsiste, pas sur un bout de papier près de la caisse. La fiche de comptage gratuite de l'outil de gestion des stocks convient très bien pour cela.
- Renseignez l'outil de calcul ci-dessus avec votre propre estimation, même approximative — un chiffre approximatif vaut toujours mieux qu'aucun chiffre.
Chaque mois
- Comparez l'achat de nouveaux couverts et de nouvelle verrerie à votre taux de casse budgété. Tout ce qui dépasse est de la démarque, pas de la casse — et mérite sa propre ligne.
- Demandez à vos fournisseurs d'étiqueter séparément les commandes de remplacement et les achats initiaux, afin de voir à terme votre propre tendance plutôt qu'un seul chiffre annuel.
- Vérifiez si le phénomène se concentre sur un seul type de pièce — cela pointe plus souvent vers un processus précis (les gobelets à emporter, par exemple) que vers un seul coupable.
Structurellement
- Faites du comptage une habitude, pas une suspicion. Un personnel qui se sent soupçonné cache les problèmes ; un personnel qui compte simplement avec vous les signale.
- Envisagez, comme Nightjar, si la pièce la plus « emportée » de votre établissement doit vraiment rester un coût — une carte, un set qui peut tout aussi bien devenir un souvenir.
- Répétez le comptage au moins deux fois par an, au même rythme, pour que le chiffre devienne une tendance plutôt qu'une frayeur ponctuelle.
Le coût qui ne reçoit jamais de facture
La démarque ne devient jamais une crise. Elle n'est jamais assez importante en un seul jour pour alarmer qui que ce soit, et c'est précisément pour cela qu'elle reste invisible pendant des années sur un relevé de coûts par ailleurs plutôt complet.
Les sept chiffres ci-dessus lèvent le mystère : une douzaine de pièces par semaine, un écart budgétaire de quelques points de pourcentage, un choix de verrerie qui divise la différence par deux, et un montant annuel qui, pour la plupart des établissements, se situe entre quelques centaines et quelques milliers d'euros.
Vous n'avez pas besoin de retrouver chaque petite cuillère. Vous devez seulement savoir combien ne sont pas revenues cette année — et c'est exactement le chiffre que l'outil de calcul ci-dessus calcule pour vous.