Chaque prix affiché sur votre carte inclut déjà la TVA — mais tous les euros de cette carte ne portent pas le même taux.
Demandez à un restaurateur quelle est sa marge et la réponse hésite. Demandez-lui le taux de TVA sur son verre de vin et la réponse tombe aussitôt : 20 %. La TVA est le chiffre que tout le monde dans la restauration connaît, et en même temps celui que presque personne ne sait citer en entier — car il n'y a pas un taux de TVA sur une addition de restaurant, il y en a au moins trois.
Ce n'est pas une faute de gestion. Un repas servi à table, la boisson qui l'accompagne et le même plat remis dans un sac à emporter relèvent, dans la plupart des cas, de trois catégories fiscales distinctes, fixées séparément, modifiées séparément ces dernières années, et donc faciles à confondre séparément.
Cet article passe en revue les sept chiffres qui déterminent combien d'un euro de chiffre d'affaires reste vraiment le vôtre : le taux sur un repas servi à table, le taux sur ce qu'il y a dans le verre, le taux à emporter, le seuil de chiffre d'affaires en dessous duquel vous n'avez pas à facturer de TVA du tout, combien de fois ces chiffres ont bougé récemment, la TVA que vous pouvez récupérer et que vous oubliez le plus souvent, et le calcul qui transforme un prix de carte en ce que vous gardez réellement.
Ce n'est pas un conseil fiscal — c'est le rôle de votre expert-comptable, et les règles de franchise, d'exonération et de déclaration sont trop spécifiques pour un seul article couvrant 24 pays. C'est en revanche l'erreur de calcul la plus fréquente : diviser un prix de carte par le mauvais chiffre.
Pourquoi ce chiffre précis détermine votre résultat
Une carte de restaurant dans l'UE doit toujours afficher le prix TVA comprise — c'est une obligation légale. Cela veut dire qu'un prix de 24 € n'est pas 24 € de chiffre d'affaires : une partie est déjà réservée au Trésor public avant même que vous l'ayez dépensée. À 10 % de TVA, cela représente 2,18 € sur une assiette à 24 € ; à 20 % sur la bouteille de vin à côté, cela représente 3,58 € sur une bouteille à 21,50 €.
L'erreur la plus fréquente consiste à soustraire ce pourcentage au lieu de le sortir du prix : diviser le coût matière par le prix de carte au lieu de le diviser par le chiffre d'affaires hors TVA. À 20 % de TVA, un coût matière réel de 30 % apparaît alors comme un confortable 25 % — une erreur de près de 5 points sur chaque ligne de votre fiche de coût, et la raison pour laquelle une carte qui paraît saine sur le papier reste pourtant tendue sur le compte en banque.
Et le chiffre lui-même ne reste pas figé. L'Allemagne a abaissé son taux sur la restauration à 7 % au 1er janvier 2026. L'Irlande a réduit le sien de 13,5 % à 9 % au 1er juillet 2026. La Lituanie vient de le relever de 9 % à 12 %. Ce que vous avez appris à l'ouverture de votre établissement est, dans un tiers des pays de l'UE, déjà dépassé.
Guide finances Le guide financier complet pour votre restaurant Du coût matière à la trésorerie : tous les chiffres qui gardent votre affaire en bonne santé, au même endroit. Lire le guideLes 7 chiffres
Sept chiffres, dans l'ordre où ils apparaissent réellement sur une addition — de l'assiette à la déclaration.
1. Le taux sur un repas servi à table
En France, une prestation de restauration ou de traiteur — un repas préparé et servi — est soumise à 10 % de TVA, au lieu du taux normal de 20 % qui s'applique à presque tout le reste. Ce taux réduit existe depuis 2012 et reste l'un des moyens les plus courants par lesquels un pays de l'UE soutient fiscalement la restauration.
Mais « restaurant » ne veut pas dire le même pourcentage partout. Plus bas sur cette page, une comparaison entre trois marchés européens : le taux le plus bas de l'Union, le vôtre, et le plus élevé — et l'écart entre ces deux extrêmes est plus large que ce que la plupart des restaurateurs imaginent.
Une addition ronde de 100 €, TVA comprise — combien de cette somme est de la TVA, et combien reste, dans le pays au taux le plus bas, le vôtre, et le plus élevé.
Les chiffres correspondent au taux réduit sur un repas servi à table dans chaque pays — pas le taux normal, et hors alcool.
2. L'autre taux, dans le verre
Les boissons alcoolisées ne bénéficient presque jamais du taux réduit, et la France ne fait pas exception : elles restent soumises au taux normal de 20 %, qu'elles soient servies avec un repas ou vendues séparément. Une seule addition, deux taux — 10 % sur l'assiette, 20 % sur le verre à côté.
Ce n'est pas un cas marginal. Sur une addition de soirée classique avec du vin, le taux de TVA réellement payé pour cette table se rapproche bien plus de 13 à 14 % que du taux réduit de 10 % affiché sur le menu — exactement le type de calcul que rend visible le simulateur plus bas dans cet article.
3. Sur place ou à emporter
Le même plat peut changer de taux dès qu'il quitte l'établissement. En France, la vente à emporter de produits destinés à une consommation immédiate suit en réalité le même taux de 10 % que le service sur place — la vraie différence apparaît pour les produits alimentaires vendus à emporter mais NON destinés à une consommation immédiate (un plat préparé conditionné, par exemple), qui basculent à 5,5 %.
Cette logique fonctionne à l'inverse ailleurs dans l'UE. La Hongrie taxe la vente à emporter au taux plein de 27 % — le plus élevé de l'Union — alors que le même plat consommé sur place ne porte que 5 % de TVA, car la vente à emporter y est considérée comme une vente de produit et non comme une prestation de service, et perd donc toute réduction dès qu'elle sort en sac. C'est le chiffre le plus contre-intuitif de toute cette comparaison.
4. Le seuil en dessous duquel vous ne facturez pas de TVA
En dessous de 37 500 € de chiffre d'affaires annuel pour une activité de prestation de services comme la restauration, une petite entreprise en France peut bénéficier de la franchise en base de TVA : pas de TVA facturée, pas de déclaration de TVA, mais aussi aucune récupération de TVA sur ses propres achats. Le seuil applicable aux activités de vente de biens est plus élevé, à 85 000 €. Ce seuil de 37 500 € a été rétabli par le projet de loi de finances 2026, après une tentative controversée en 2025 de l'abaisser fortement.
Pour la plupart des restaurants avec du personnel et une vraie cuisine, ce seuil est vite dépassé — mais pour un food truck qui débute, un pop-up, ou la première année d'un petit café, ce chiffre décide à lui seul si la TVA s'applique. C'est la première question que pose un expert-comptable, pas la dernière.
5. Combien de fois ce chiffre a bougé récemment
Le taux français de 10 % sur la restauration, lui, n'a pas bougé depuis son introduction en 2012 — une rare stabilité face à ce qui se passe chez ses voisins. L'Allemagne a rendu permanent son taux pandémique de 7 % au 1er janvier 2026. L'Irlande a réduit le sien de 13,5 % à 9 % au 1er juillet 2026. La Lituanie vient de le relever de 9 % à 12 %, la Finlande a abaissé le sien de 14 % à 13,5 %, et la Grèce a fait l'inverse : son taux réduit de 13 % a disparu fin 2023, et les repas au restaurant y sont depuis retaxés au taux plein de 24 %.
Au moins huit des 24 marchés européens de cette comparaison ont modifié leur taux de TVA sur la restauration entre 2024 et 2026. Ce qui reste stable en France, en revanche, c'est justement le seuil de franchise qui, lui, vient de changer deux fois en deux ans — un chiffre vérifié il y a cinq ans et jamais revu depuis est devenu un pari plutôt qu'un fait.
6. La TVA que vous pouvez récupérer et que vous oubliez le plus souvent
La TVA fonctionne dans les deux sens. En tant qu'entreprise assujettie, vous pouvez déduire la TVA que vous payez vous-même sur vos investissements — un nouveau four, des travaux, du matériel de cuisine — de la TVA que vous facturez à vos clients. Ce n'est pas une exception, c'est le mécanisme même sur lequel repose tout le système.
Pourtant, les restaurants la perdent régulièrement : une facture sans numéro de TVA correct, un artisan payé « au noir » qui n'émet donc aucune facture déductible, ou simplement une boîte à chaussures pleine de tickets qui n'arrive jamais chez le comptable. Chaque facture manquante n'est pas juste un oubli comptable — c'est de la TVA déjà payée que vous ne reverrez jamais.
7. L'écart entre le prix affiché et ce que vous gardez
C'est ici que les six chiffres précédents se rejoignent : le prix de carte est toujours TVA comprise, donc le chiffre d'affaires réellement encaissé (hors TVA) est ce prix divisé par (1 + le taux) — jamais le prix moins un pourcentage. Sur une addition qui mélange de la nourriture à 10 %, du vin à 20 % et un peu de vente à emporter à 10 %, le taux de TVA moyen sur votre chiffre d'affaires total n'est aucun de ces trois chiffres pris isolément, mais un mélange pondéré des trois.
Le chiffre d'affaires mensuel type d'un bistrot, réparti entre nourriture, alcool et vente à emporter — chacun à son propre taux.
Au total, cela représente un taux de TVA moyen de 10,4% sur l'ensemble du chiffre d'affaires — aucun des trois taux séparés, mais un mélange des trois.
Le taux moyen pondéré dépend de la part de votre chiffre d'affaires venant de chaque catégorie — plus de vin sur la carte le fait grimper, plus de vente à emporter le fait baisser.
Calculez-le pour votre propre chiffre d'affaires
Les sept chiffres ci-dessus sont généraux — votre propre répartition entre nourriture, boisson et vente à emporter ne l'est pas. Renseignez ci-dessous un mois type et voyez immédiatement quelle part de votre chiffre d'affaires est de la TVA, ce qu'il vous reste réellement, et ce que cela coûterait si tout était facturé par erreur au mauvais taux.
Les taux sont pré-remplis selon le système français ci-dessus, mais modifiables — utile si votre établissement se trouve dans un autre pays, ou si vous voulez simplement voir ce qu'un changement de taux ferait à votre propre chiffre d'affaires.
Le simulateur de TVA
Renseignez votre propre chiffre d'affaires par catégorie — les taux sont déjà pré-remplis pour la France, mais modifiables.
—
Tous les montants sont TVA comprise, comme sur votre ticket de caisse. « Risque en cas de mauvais taux » montre ce que vous devriez si tout ce chiffre d'affaires était facturé par erreur au taux normal.
La troisième case — ce que cela coûterait si tout tombait sous le taux normal — n'est pas un chiffre théorique. C'est exactement le montant en jeu en cas de mauvaise catégorisation : une commande à emporter enregistrée par erreur comme consommée sur place, ou une boisson sans alcool comptée avec l'alcool.
Gardez le taux moyen pondéré quelque part où vous pouvez le retrouver facilement. C'est le même chiffre que votre expert-comptable utilise pour vérifier qu'une déclaration de TVA correspond bien à ce qui est réellement passé en caisse.
Votre plan d'action TVA
Trois étapes, d'aujourd'hui à votre prochaine déclaration.
Cette semaine
- Vérifiez que votre caisse enregistre séparément nourriture, alcool et vente à emporter, chacun au bon taux — pas tout sous un seul bouton.
- Vérifiez la dernière modification du taux dans votre propre pays ; si vous ne l'avez pas fait depuis plus de deux ans, il est probable que le chiffre ait bougé depuis.
- Rassemblez les factures de votre dernier gros achat (matériel, travaux) et vérifiez que la TVA a bien été récupérée dessus.
Ce mois-ci
- Calculez le taux de TVA moyen pondéré d'un vrai mois avec le simulateur ci-dessus, avec vos propres chiffres au lieu de l'exemple.
- Demandez explicitement à votre expert-comptable où se situe le seuil de franchise et s'il est encore pertinent pour votre chiffre d'affaires.
- Définissez qui, dans votre équipe, est responsable du bon paramétrage des taux en caisse en cas de changement.
Cette année
- Programmez une vérification annuelle : un moment fixe chaque année pour revoir explicitement les taux de TVA de votre pays.
- Calculez ce qu'un changement de 1 point de TVA représenterait pour votre chiffre d'affaires annuel, pour qu'une annonce dans les médias ne soit plus une surprise.
- Conservez cet article ou les chiffres qui en sont tirés quelque part où votre équipe peut les retrouver — un commis qui paramètre la caisse ne doit pas avoir à deviner.
Pour conclure
La TVA n'est pas une taxe que vous « connaissez » simplement parce que vous la voyez chaque jour sur votre ticket de caisse. Ce sont sept chiffres distincts, capables de changer chacun séparément, capables chacun de contenir une erreur, et qui déterminent ensemble combien d'un euro de chiffre d'affaires est vraiment à vous.
La bonne nouvelle : c'est du calcul, pas de la devinette. Une fois que vous savez quel taux s'applique à quelle ligne de votre carte, il ne reste plus qu'à faire la bonne division — le prix divisé par (1 + le taux), jamais le prix moins un pourcentage.
Cet article ne remplace pas un expert-comptable. Ce qu'il fait, c'est vous donner les questions à lui poser : quel taux s'applique à ma vente à emporter, où se situe mon seuil de franchise, et quand cela a-t-il été vérifié pour la dernière fois ?